Solidité vs Rigidité : Trouvez l'Équilibre en Management

August 27, 20268 min read

Vous êtes solide. Mais êtes-vous devenu rigide ?

Entreprendre et manager demandent de la solidité. Mais cette qualité qui nous a permis de tenir, de décider et d'avancer peut parfois se retourner contre nous. À force de tenir, on se tend. À force de vouloir maîtriser, on se contracte. Et si le véritable enjeu n'était plus de devenir plus fort, mais de rester solide sans devenir rigide ?


On apprend à tenir. Peut-être un peu trop bien.

Entreprendre, manager, ça demande de la solidité.

Décider sans avoir toutes les réponses. Tenir quand les résultats n’arrivent pas. Encaisser l’imprévu. Rassurer une équipe alors qu’on doute soi-même. Se relever après un échec.

Cette capacité-là, on la construit avec les années.

Et je ne vais certainement pas vous dire qu’il faudrait s’en débarrasser. Elle m’a beaucoup servi. Dans le sport d’abord, dans l’entreprise ensuite.

Mais il y a quelque chose que j’ai mis du temps à comprendre : une force peut finir par nous jouer des tours précisément parce qu’elle nous a longtemps fait réussir.

Face à une difficulté ? On travaille plus.

Un obstacle résiste ? On insiste.

Une situation nous échappe ? On reprend le contrôle.

La fatigue monte ? Allez… encore un peu.

Et ça marche.

Souvent.

C’est bien le problème.

Parce qu’à force de tenir, on peut finir par se tendre. À force de vouloir maîtriser, par se contracter. À force de pousser, par perdre cette mobilité qui nous permettait justement de nous adapter.

Sans vraiment savoir quand la bascule a eu lieu, la solidité est devenue rigidité.

Je l’ai compris avec mon corps avant de le comprendre dans l’entreprise

Le sport m’avait appris l’effort, la discipline, le dépassement de soi. L’entreprise a renforcé tout cela.

Face à une difficulté, ma réponse était assez prévisible : avancer.

Les arts martiaux sont venus mettre un grain de sable là-dedans.

Je me souviens avoir découvert quelque chose d’assez contre-intuitif. Plus je cherchais à produire un mouvement puissant en mettant de la force, plus certaines parties de mon corps se contractaient.

Les épaules. Les bras. La mâchoire. Le ventre.

Dans ma tête, l’équation était simple : davantage de force = davantage de puissance.

Sauf que mon corps me racontait autre chose.

Plus je me contractais, moins le mouvement circulait.

J’ajoutais de la force… et je perdais en efficacité.

Faites l’essai maintenant, si vous voulez.

Serrez le poing.

Fort.

Puis encore un peu plus fort.

Vous sentez ?

À partir d’un certain point, vous ne devenez pas plus disponible. Vous devenez simplement plus rigide.

Un débutant en arts martiaux fait souvent ça. Il mobilise beaucoup trop de muscles. Il pousse, retient, contracte. Il dépense une énergie folle pour produire un mouvement qui pourrait être beaucoup plus simple.

Avec l’expérience, certaines tensions disparaissent.

Et, curieusement, la puissance augmente.

Pas parce qu’on est devenu mou.

Parce qu’on est devenu plus disponible.

La détente n’a pas retiré la force. Elle lui a rendu sa mobilité.

Et je me suis demandé si nous ne faisions pas exactement la même chose dans nos entreprises.

Le problème, c’est que la rigidité peut avoir l’air d’une qualité

C’est probablement pour ça qu’elle est difficile à voir.

Elle peut s’appeler exigence.

Engagement.

Réactivité.

Contrôle.

Persévérance.

« Je ne lâche rien. »

Et, encore une fois, toutes ces qualités peuvent être utiles.

Mais regardez ce qui se passe lorsque la pression monte vraiment.

Une mauvaise nouvelle tombe. Un collaborateur vous contredit. Un client important hésite. Un projet dérape. Quelqu’un remet en cause une décision que vous pensiez acquise.

Avant même d’avoir commencé à réfléchir, le corps a parfois déjà réagi.

La mâchoire se serre un peu.

Les épaules remontent.

La respiration devient plus courte.

L’attention se resserre.

Et notre premier réflexe est souvent d’ajouter quelque chose.

Plus d’analyse.

Plus de contrôle.

Plus de vitesse.

Plus de volonté.

Alors que, peut-être, la situation n’a pas besoin de davantage.

Peut-être qu’elle a besoin de plus d’espace.

Sous pression, nous ne devenons pas moins compétents. Nous avons parfois moins accès à nos compétences.

Cette distinction me semble importante.

Un entrepreneur expérimenté ne devient pas soudain moins intelligent parce qu’une situation se complique. Son expérience n’a pas disparu. Ses compétences non plus.

Mais l’état intérieur depuis lequel il agit a changé.

Les arts martiaux rendent ça presque caricatural.

Quand je me contracte, je sens moins bien mon partenaire.

Quand je veux absolument réussir une technique, je vois moins les autres possibilités.

Quand je me précipite… je vois moins, tout simplement.

Dans l’entreprise, c’est beaucoup plus discret.

On continue à parler. À argumenter. À envoyer des mails. À présider des réunions. À arbitrer. À décider.

De l’extérieur, rien n’a forcément changé.

Mais intérieurement, l’espace s’est rétréci.

Et c’est peut-être ici que se situe la vraie différence entre solidité et rigidité.

La solidité nous permet de rester présents lorsque la difficulté arrive. La rigidité nous enferme dans une seule manière d’y répondre.

Et si la fluidité n’était pas le contraire de la force ?

Pendant longtemps, j’ai cru qu’il fallait choisir.

Être fort ou sensible.

Tenir ou lâcher.

Être ferme ou souple.

J’ai fini par comprendre que ce choix était probablement mal posé.

Les arts martiaux m’ont appris à chercher autre chose : la fluidité.

Et je précise parce que le mot peut prêter à confusion.

Être fluide, ce n’est pas céder.

Ce n’est pas devenir gentil, mou, contemplatif ou indécis.

C’est conserver suffisamment de disponibilité pour pouvoir changer de réponse sans perdre son cap.

On peut être ferme sans être fermé.

Maintenir une décision tout en continuant à écouter.

Être ambitieux sans vivre sous tension permanente.

Exercer pleinement sa responsabilité sans chercher à tout contrôler.

Rester solide, donc.

Sans devenir rigide.

La fluidité ne retire rien à la force.

Elle évite simplement que cette force finisse par nous enfermer.

C’est là que la respiration devient intéressante

Pas parce qu’il suffirait de « bien respirer » pour résoudre un problème de management.

Évidemment que non.

Et certainement pas parce qu’il faudrait faire trois grandes respirations avant chaque décision importante.

Ce qui m’intéresse dans la respiration est beaucoup plus simple.

Elle accompagne notre état.

Elle change avec l’effort, la peur, la surprise, la colère, la concentration, la détente.

Et elle a une particularité assez précieuse : elle nous renseigne parfois sur notre état avant même que nous ayons réussi à mettre des mots dessus.

Avant de penser « tiens, je suis en train de me crisper », le souffle l’a peut-être déjà montré.

Plus haut.

Plus court.

Plus irrégulier.

Parfois suspendu pendant une fraction de seconde.

Votre respiration ne vous dira jamais quelle décision prendre.

En revanche, elle peut vous aider à remarquer depuis quel état vous êtes sur le point de la prendre.

Et ça, pour un dirigeant, un entrepreneur ou un manager, ce n’est pas tout à fait anecdotique.

Essayez, la prochaine fois

La prochaine fois que vous rencontrez une résistance, ne cherchez pas immédiatement à vous détendre.

Ne cherchez même pas à mieux respirer.

Observez.

Votre premier réflexe est-il de pousser davantage ? D’accélérer ? De convaincre ? De reprendre le contrôle ?

Puis, pendant quelques secondes seulement, regardez ce qui se passe dans votre corps.

La mâchoire.

Les épaules.

Le ventre.

Le souffle.

Et posez-vous cette question :

Où la force est-elle réellement nécessaire… et où ai-je simplement ajouté de la tension ?

Ne changez rien tout de suite.

Commencez simplement par distinguer les deux.

Parce qu’une tension que l’on ne voit pas finit facilement par décider à notre place.

Vous n’avez probablement pas besoin de devenir plus fort

C’est peut-être le paradoxe qui m’intéresse le plus aujourd’hui.

Les entrepreneurs et les managers que je rencontre manquent rarement de capacité à tenir.

Ils savent décider.

Arbitrer.

Prendre des responsabilités.

Continuer malgré l’incertitude.

Ils sont déjà solides.

Alors la question que je me pose avec eux n’est plus tellement : comment devenir encore plus fort ?

C’est plutôt :

Comment rester solide sans devenir rigide lorsque la pression augmente ?

C’est là, pour moi, que commence le travail de la fluidité.

Pas devenir moins engagé.

Pas renoncer à l’ambition.

Mais conserver suffisamment d’espace intérieur pour percevoir, décider et agir sans ajouter à chaque difficulté une tension dont elle n’avait pas besoin.

La force nous aide à traverser les obstacles.

La fluidité nous évite de transformer chaque obstacle en épreuve de force.

À méditer cette semaine

Dans quelle situation utilisez-vous en ce moment davantage de force… alors qu’il vous faudrait peut-être davantage de fluidité ?


Pour aller un peu plus loin

Si cette question vous parle, commencez par quelque chose de très simple : observez votre respiration lorsque la pression monte.

Pas pour la contrôler.

Pour apprendre à reconnaître plus tôt ce qui se passe en vous.

C’est l’un des principes qui m’a conduit à développer mon travail autour de la respiration opérationnelle et de la fluidité : avant de chercher à agir différemment sur une situation, retrouver suffisamment de disponibilité pour ne pas laisser notre tension agir à notre place.

[Découvrir la pause respiratoire]


À propos d’Hubert Maillard

Hubert Maillard est entrepreneur et pratiquant d’arts martiaux depuis près de quarante ans. Son parcours l’a conduit à explorer une question devenue centrale dans son travail : comment rester solide, lucide et engagé lorsque la pression augmente, sans laisser cette solidité se transformer en rigidité ?

À travers son approche de la respiration opérationnelle et de la fluidité, il accompagne entrepreneurs, dirigeants et managers dans le développement d’une autre forme de performance : une performance qui ne consiste pas seulement à tenir davantage, mais à mieux gouverner l’état intérieur depuis lequel nous décidons et agissons.

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